Economie et politique
Par Olivier le mardi 6 avril 2010, 23:59 - Economie - Lien permanent
Le décor est planté. Des prévisions économiques annonçant une croissance molle, au mieux pendant plusieurs années pour l'Europe (voir prévisions de Xerfi). Un déficit budgétaire qui, selon une étude prospective du Sénat sur les finances publiques à l'horizon 2030, et avec l'hypothèse d'une croissance supérieure à 2%, ne reviendrait au niveau de 2007 qu'au bout de 20 ans d'effort, niveau déjà qualifié de faillite par le Premier Ministre. Essoufflement de la volonté de réguler le système financier mondial, même si une petite taxe sur les banques voit le jour. A cela s'ajoute la déclaration du directeur du FMI (DSK) à des étudiants roumains, selon laquelle une nouvelle crise financière est inéluctable à moyen terme, et les propos de Paul Volcker n'hésitant pas à affirmer que toutes les banques des Etats-Unis pourraient être démantelées si nécessaire. La Grèce est en sursis, les taux des marchés se sont tendus aussitôt après son refinancement de 5 milliards d'euros. Les atermoiements et tergiversations de l'Europe à son encontre ont considérablement affaibli l'euro, soulageant l'économie des pays européens exportateurs (notamment de l'Allemagne). Bref, nous sommes en pleine divergence d'intérêts européens et mondiaux et chacun attend égoïstement le point de rupture avant d'abattre ses cartes, dans le cadre d'une vaste redistribution des pouvoirs de toutes natures. Concrètement, nous tendons vers une baisse du niveau de vie de l'Occident et une hausse de celui des pays émergents dont le terme politiquement correct est « transfert de richesses ». Ceci se reflètera dans le rapport entre les monnaies, leur diffusion, leur usage dans le commerce mondial et leur part dans les réserves de change des états. Plus cette période de doute est longue, plus elle est susceptible d'alimenter les peurs : crise identitaire, réflexe protectionniste, repli sur soi.
Le politique est entièrement responsable de ce qui arrive et je qualifie de menteur celui qui justifie sa politique en prétendant que « c'est la faute à la crise ». Tel l'apprenti sorcier, le politique a facilité la création d'un univers financier, un pseudo-paradis fondé sur une expansion infinie du crédit avec de la monnaie papier, et maintenant il ne retrouve plus la formule magique qui ferait tout rentrer dans l'ordre ! Mais tout le monde s'est tu car tout le monde y a trouvé son compte ! Aussi bien les banques que les citoyens, pendant des dizaines d'années, avec des budgets toujours en déficit ! C'était la croissance, l'alpha et l'oméga de la réussite économique et donc politique, notamment pour gagner des élections. Aujourd'hui, point de reconnaissance : le politique a sauvé les banques mais les banques n'investissent pas vraiment dans l'économie, et les citoyens ne se bousculent pas pour aller voter lors des élections. A lui, le politique, de reprendre la main et de proposer une vision de la société car la sortie de crise ne peut être que politique. Dans notre pays, la tâche est plus ardue puisqu'il n'y a pas eu d'anticipation alors que, faut-il le rappeler, le monde entier était au courant depuis fin 2005 de ce qui se profilait à l'horizon (cf. annonce de la Banque Fédérale Américaine de ne plus publier la masse monétaire M3, du jamais-vu).
A mon humble avis, il faut agir vite, sans attendre une prochaine crise qui serait alors un véritable tsunami emportant tout sur son passage. Le premier remède consisterait à réformer le système actuel. Difficile au niveau mondial, réfléchissons à l'échelle européenne. Les politiques économiques et les fiscalités européennes doivent être harmonisées si nous voulons sauver l'euro. La monnaie européenne ne peut être le reflet que d'une politique commune. Le second remède serait que les états de l'Union puissent emprunter directement auprès de la BCE, au même titre que les banques; les économies atteindraient ainsi des dizaines de milliards d'euros. La monnaie est utilisée en tant qu'arme économique, d'où l'indexation de la monnaie chinoise sur le dollar et un dollar qui faiblit. Pourquoi ne pas réaliser une dévaluation compétitive de l'euro de l'ordre de 30% (presqu'un dollar) pour nos industries et l'adosser ensuite aux véritables monnaies que sont l'or et l'argent (quoique l'euro baisse si vite que cela ne sera peut-être pas nécessaire) ? L'Europe dispose des plus grandes réserves d'or, elle doit s'appuyer sur ce formidable atout. Ce répit nous permettrait une véritable réindustrialisation, avec un fort ralentissement des délocalisations. De plus, une monnaie adossée à l'or serait susceptible d'attirer les capitaux du monde entier. Les réformes politiques qui en découleraient prendraient tout leur sens car elles seraient ainsi conduites dans le cadre d'une politique volontariste : agir pour ne pas subir avec, pour leitmotiv, la liberté d'entreprendre et la justice sociale. Seuls des hommes d'état charismatiques sont susceptibles de conduire de telles réformes qui, outre l'aspect économique, doivent promouvoir des valeurs sociétales et redonner foi en l'Homme et au progrès.